Rahul Markovits
S2, 6 ECTS
La mondialisation ibérique du XVIe siècle, en mettant en connexion des mondes, a aussi mis en contact des langues. Tandis que le paysage linguistique européen à partir de la Renaissance est marqué par un double mouvement de grammatisation et de vernacularisation, les Européens entrent en contact avec des langues nouvelles pour eux (langues amérindiennes, africaines, indiennes, malais, chinois, japonais, etc.), qu’ils essaient rapidement de maîtriser, avec un succès variable. Cette histoire vue d’Europe ne constitue néanmoins qu’une facette de l’histoire des contacts linguistiques à l’époque moderne, marquée par exemple par l’expansion du persan comme langue de communication à l’échelle eurasiatique.
Se nourrissant des propositions de la linguistique et de la sociolinguistique historiques, de l’histoire connectée et de l’histoire du livre, de l’histoire des savoirs et de l’histoire des pratiques de l’écrit, l’histoire du contact des langues s’écrit à plusieurs échelles : celle des empires ; celle des villes capitales, conçues comme des laboratoires du plurilinguisme ; celle des zones de contact linguistiques (ateliers typographiques, factoreries) ; celle enfin de la page (récits de voyage, dictionnaires, lexiques et glossaires) où les mots passent d’une langue à l’autre.
Le séminaire aura pour objectif de proposer, via des interventions de chercheurs spécialistes, un panorama de ce champ de recherche en plein développement. Plusieurs séances seront consacrées, en fin de semestre, à une enquête en cours portant sur les activités multiples du drogman Pierre-Marie Ruffin, figure emblématique des mutations que connaît le champ des études orientales à la fin du XVIIIe siècle.
Salle Histoire
Jeudi 10h30-12h30
Première séance : 22 janvier 2026
Validation : écriture d’un petit essai à partir de sources ou de la bibliographie
Programme :
22 janvier
Introduction générale : définitions et enjeux historiographiques
29 janvier
Autour du Thesaurus linguarum orientalium de Meninski (I)
5 février
Autour du Thesaurus linguarum orientalium de Meninski (II)
12 février
Antoine Lilti (Collège de France), Ahutoru et Bougainville ou la conversation paradoxale
19 février
Alexandre Surrallés (EHESS), Autour de La raison lexicographique
12 mars
Meryl Lavenant (Paris-1), L’italien, le russe et l’ottoman : dans les méandres d’une diplomatie plurilingue (empires ottoman et russe, 1772-1783)
19 mars
Ulrike Krampl (Université de Tours), Le travail linguistique, une entrée pratique dans le plurilinguisme parisien du XVIIIe siècle
26 mars
Michela Bussotti (EFEO), Des missionnaires aux premiers sinologues : les dictionnaires plurilingues (chinois/langues européennes), XVIIe-XIXe siècles
2 avril
Pierre-Marie Ruffin, un drogman au travail (I) : les secrétaires-interprètes et l’accueil des étrangers à Paris au XVIIIe siècle
9 avril
Pierre-Marie Ruffin, un drogman au travail (II) : une histoire linguistique de l’ambassade du Mysore (1788)
16 avril
Pierre-Marie Ruffin, un drogman au travail (III) : sur le terrain à Constantinople
7 mai
Pierre-Marie Ruffin, un drogman au travail (IV) : un confinement aux Sept Tours (1798-1801)


